Chili : “Maudit Allende”, de l’orgueil au sacrifice

Eric Aeschimann

Publié le 06-12-2015 à 11h55

Un roman graphique reconstitue le coup d’Etat militaire de 1973 et dévoile un visage inattendu du président renversé. Un récit sombre, servi par le splendide dessin de Jorge Gonzalès.

AAllende”Maudit Allende”, par Bras et Gonzalez. (Futuropolis)

Pour qui a grandi dans les années 70, Salvatore Allende, mort en le 11 septembre 1973 dans le palais présidentiel de la Moneda, au Chili, reste un symbole absolu. Un dirigeant socialiste, victime d’un coup d’Etat militaire financé par la CIA, ayant pour rival odieux Pinochet et ses lunettes noires, tandis qu’on coupait les mains des chanteurs engagés dans les stades de Santiago: voilà de quoi faire une légende noire.

Dans « Maudit Allende », le dessinateur Jorge Gonzalez et le scénariste Olivier Bras explorent cette légende avec une liberté rare. Ils décrivent un Allende en politicien orgueilleux, héritier d’une grande famille de Santiago, habité par l’ambition de rester dans l’histoire. Dans un discours retentissant à la tribune de l’Unesco, il avait accusé publiquement la multinationale ITT, s’attirant une ovation. Le 9 septembre, deux jours avant le coup d’Etat, Gloria, sa jeune maîtresse, le supplie de ne pas risquer la mort. Il n’a pas voulu écouter.

UPinochet pressé par son épouse

La couverture de l’album dit tout le paradoxe de l’homme. On y voit Allende assis sur ce qui ressemble à un gazon, tandis qu’un homme en costume gris (Pinochet?) se tient debout, derrière lui, vaguement menaçant. Une position qui marque à la fois la vulnérabilité et la sérénité.

Gonzalez est né en Argentine et vit à Madrid. Bras est journaliste, sans lien familial avec le Chili. Il a inventé l’histoire d’un jeune homme d’origine chilienne, dont les parents étaient des partisans de Pinochet, le général putschiste, et qui cherche à se faire sa propre opinion. C’est la trouvaille de l’album: une reconstitution montée par un regard méfiant. Le récit tragique qui en ressort n’en a que plus de force.

Du reste, sur Pinochet aussi, on en aussi apprend de belles. En quelques planches, Gonzalès et Bras campent un apprenti dictateur pusillanime, mais pressé par son épouse de rejoindre les militaires factieux. Vingt-cinq ans plus tard, le jour où Pinochet est arrêté par la justice anglaise, le narrateur reçoit un coup de fil de ses parents :

Ils sont furieux, ils me rappellent que cet homme a sauvé le Chili et que les Européens n’y comprennent rien.”

Retour au 9 septembre 1973. Pinochet a cinq enfants et c’est l’anniversaire de sa dernière fille. Pendant que les bambins soufflent sur les bougies, il reçoit dans son bureau les chefs de la marine et des forces aériennes. Ceux-ci le pressent se rallier. La planche suivante montre pleine page la silhouette crayonnée du général, dont on se demande s’il fut marionnette minable ou massacreur sanglant. Le fond est coloré d’un à-plat orangé, comme un ciel qui brûle.

Le 11 septembre 1973, palais de la Moneda, 9h du matin,
(“Maudit Allende”, par Bras et Gonzalez, Futuropolis)

Les pages qui racontent la prise du palais de la Moneda par les troupes d’élite de l’armée chilienne sont à couper le souffle.

Il est à peine huit heures et un grande agitation règne au premier étage. Plusieurs conseillers du président sont arrivés beaucoup plus tôt que d’habitude.”

Les effets graphiques de Jorge Gonzalez livrent un sous-texte d’une grande finesse. En quelques cases, les perspectives solennelles des salons officiels se transforment en d’irréguliers coups de crayons, comme un pouvoir qui s’effiloche. Quand Allende se pose près du poste de radio, le menton posé sur la main, pour écouter le communiqué militaire annonçant le coup d’Etat, son visage est à la limite de l’abstraction : il n’est littéralement plus que l’ombre de lui-même.

Il s’enferme dans son bureau

Tout l’album est ainsi rythmé par des changements de plan, de découpage, de taille des cases, de coloris. Une partie des dessins semble des crayonnés inachevés, donnant un sentiment d’urgence. Mais des taches de couleurs spectaculaires viennent faire contrepoids : l’écharpe tricolore ceinte par Allende la veille du coup d’Etat ou le vert caca d’oie de la porte quand il inspecte une dernière fois les patios de la Moneda, quelques minutes avant l’assaut final.

Quant aux visages, ils expriment des subtiles nuances d’émotions. On signalera plus particulièrement l’entêtement presque enfantin d’Allende et la duplicité de Pinochet maquillée en devoir national. Deux naïvetés, en somme, l’une tragique et l’autre sanguinaire.

Le 11 septembre 1973, vers 14 heures, les putschistes proposent à Allende de s’enfuir en avion. Il a demandé à ses fidèles de cesser de résister. Il s’enferme dans son bureau.

Une dernière rafale retentit dans le bâtiment.”

Le mot suicide n’apparaît nulle part… Autant dire que «Maudit Allende» a notre bénédiction.

Eric Aeschimann

Maudit Allende, par Jorge Gonzalez et Olivier Bras,
Futuropolis, 124 p., 20 euros.

Maudit Allende

 http://bibliobs.nouvelobs.com/bd/20151117.OBS9674/chili-salvatore-allende-de-l-orgueil-au-sacrifice.html#xtor=EPR-2-[ObsActu17h]-20151206
Traducción google
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Chile: “Maldito Allende”, el sacrificio de orgullo

Eric Aeschimann

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Publicado el  06/12/2015

Una novela gráfica recrea el golpe militar de 1973 y revela una cara inesperada del presidente derrocado. Una historia oscura, servido por el espléndido dibujo Jorge Gonzales.

"Maldito Allende" por González y el brazo.  (Futuropolis)“Maldito Allende” por González y el brazo.(Futuropolis)

Que creció en los años 70, Salvatore Allende, murió el 11 de septiembre de 1973 en el Palacio Presidencial de La Moneda, Chile, sigue siendo un símbolo absoluto. Un dirigente socialista, víctima de un golpe militar apoyado por la CIA, cuya odiosa rival Pinochet y sus gafas de sol, mientras que le cortaron las manos de los cantantes que participan en los estadios Santiago: eso es lo que hacen en una leyenda negro.

En “Maldito Allende”, el diseñador Jorge González y guionista Olivier Bras explorar esta leyenda con una libertad poco común.Describen un político arrogante en Allende, heredero de una gran familia de Santiago, habitado por la ambición de pasar a la historia. En un discurso rotundo en el foro de la Unesco, acusó públicamente a la multinacional ITT, ganándose una ovación de pie. El 9 de septiembre, dos días antes del golpe, Gloria, su joven amante, rogándole que no correr el riesgo de muerte. Él no quiso escuchar.

Pinochet presionado por su esposa

La portada del álbum cuenta toda la paradoja humana. Muestra Allende sentado en lo que parece un jardín, mientras que un hombre con un traje gris (Pinochet?) Está detrás de él vagamente amenazador. Una posición que marca tanto la vulnerabilidad y la serenidad.

González nació en Argentina y vive en Madrid. Bras es un periodista, sin lazos familiares con Chile. Él inventó la historia de un joven de Chile, cuyos padres eran partidarios de Pinochet, golpe de estado general, y trata de formar su propia opinión. Esta es la conclusión del álbum: una recreación montado con cautela. La trágica historia que emerge sólo tiene más fuerza.

Por otra parte, en Pinochet también, aprendemos también hermoso. En algunas tablas, Gonzales y el brazo acamparon un aprendiz de dictador pusilánime, pero instó por su esposa para unirse a las facciones militares. Veinticinco años más tarde, el día Pinochet fue detenido por la justicia Inglés, el narrador recibe una llamada de sus padres:

Ellos están furiosos, me recuerdan que este hombre ha salvado a Chile y los europeos no lo entiendo “.

Volver al 9 de septiembre de 1973. Pinochet cinco y es el cumpleaños de su hija menor. Mientras que los niños soplan las velas, recibió en su despacho a los jefes de la Armada y la Fuerza Aérea. Instan a la manifestación. La siguiente placa muestra la página completa contorno del general, de los que uno se pregunta si era títere patético o asesino sangriento a lápiz. El fondo es de color de una naranja-plana, como un cielo en llamas.

Del 11 de septiembre de 1973, Palacio de la Moneda, 09 a.m.
(“Maldito Allende”, de brazo y González, Futuropolis)

Las páginas que cuentan la toma del palacio de La Moneda por las tropas de élite de los militares chilenos son impresionantes.

Es apenas ocho horas, una gran agitación reina en el primer piso. Varios asesores del presidente llegaron mucho antes de lo habitual “.

Los efectos gráficos de Jorge González entregan un subtexto de gran finura. En algunos casos, los salones oficiales solemnes perspectivas se convierten en trazos de lápiz irregulares, como un poder que desenreda. Cuando Allende surge cerca de la radio, con la barbilla apoyada en la mano, para escuchar el comunicado militar anunciando el golpe, su cara está al borde de la abstracción: es, literalmente, una sombra en sí.

Se encierra en su oficina

Todo el álbum está tan marcada por cambios de plano, corte de cajas del tamaño de los colores. Parte de dibujos a lápiz parece inacabado, dando un sentido de urgencia. Pero salpicaduras dramáticos de colores vienen de contrapeso: la banda tricolor rodeado de Allende vísperas del golpe de Estado o puerta verde caca de ganso cuando inspeccionó por última vez los patios de la Moneda, minutos antes de la asalto final.

En cuanto a las caras, expresan los sutiles matices de la emoción. Mención especial debe terquedad casi infantil de Allende y Pinochet duplicidad disfrazado deber nacional. Dos ingenuo, en definitiva, una trágica y la otra sangrienta.

Del 11 de septiembre de 1973, a las 14 horas, ofrece a los golpistas a Allende para escapar en avión. Pidió a sus seguidores a dejar de resistirse. Se encierra en su oficina.

Una explosión final resonó en el edificio “.

La palabra suicidio no aparecer en cualquier parte … En otras palabras, “Maldito Allende” tiene nuestra bendición.

Eric Aeschimann

Maldito Allende, Jorge González y Olivier Bras,
Futuropolis, 124 p., 20 euros.

Maldito Allende

 

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